GOSS: Lucky Forward

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Micke
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Re: GOSS: Lucky Forward

#61 Message non lu par Micke »

joma a écrit : En intermédiaire on a, la 1SSPz vers Bonn et la 2Pz qui est dans la région de Koblenz (ici aussi, majorité des division moins 1KG sur le front) .

Ça laisse les reste de la 21Pz vers Epinal, et la Pz Lehr à l'est de la Saar (là encore pour ces unités, la majorités des divisions moins 1KG sur le front).

Bref rien qui oblige à utilisé le IISS PzK, Mais bon, c'est sur que MG sans celui-ci, ça à pas la même saveur. :lol:

La 21eme panzer est déjà sur la carte à Rambervillers dans un triste état. Un joueur avisé ne l'emploiera pas immédiatement mais la placera en refit. Il y a aussi un KG de la Panzer Lehr vers Luxembourg dans un état lamentable.
Dans le what if le IIeme SS panzer est composé de la 10eme panzer SS mais avec 16 steps de moins par rapport à son effectif initial et de la 2eme panzer SS avec 20 steps de moins. La 12eme SS peut intervenir mais à l'état d'un KG réduit. La 9eme panzer SS ne fait pas partie du jeu. Il y a aussi une 107eme panzer brigade, les 172eme et 526eme divisions d'entraînement ainsi que les restes de la 353eme DI qui s'était échappée de Falaise.

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WiFDaniel
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Re: GOSS: Lucky Forward

#62 Message non lu par WiFDaniel »

Micke a écrit : Dans le what if le IIeme SS panzer est composé de la 10eme panzer SS mais avec 16 steps de moins par rapport à son effectif initial et de la 2eme panzer SS avec 20 steps de moins.
C'est une remarque vraiment intéressante, car enlever 16 ou 20 steps aux unités est visiblement fait pour l'équilibre du jeu. Est-ce que les concepteurs s'en expliquent ?

Cela rend probablement le what if MG fun à jouer, mais il ne faudra pas en tirer de conclusions sur ce que ça aurait donné "en vrai".

On voit combien les contrefactuels sont difficiles à mettre en oeuvre. Si estimer l'impact côté allié des vagues parachutistes se fait plutôt bien, il est beaucoup plus délicat de prendre une hypothèse quant à la réaction allemande. Une remarque très générale d'ailleurs. Par exemple chaque fois que je lis, "sur le Front Est, il aurait suffit de mettre en oeuvre la défense mobile", je m'étonne que personne ne se demande dans quelle mesure les Russes s'y seraient adapté...

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joma
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Re: GOSS: Lucky Forward

#63 Message non lu par joma »

WiFDaniel a écrit :C'est une remarque vraiment intéressante, car enlever 16 ou 20 steps aux unités est visiblement fait pour l'équilibre du jeu. Est-ce que les concepteurs s'en expliquent ?
Aucune de ses divisions n'a sont complément de matériels lourd. Avant MG la 9SS donne ce qui lui reste de char, canons etc. à la 10SS et même là c'est pas Byzance. Les KG de la 10SS impliqué dans MG étant formé souvent formé de personnel technique combattant à pied.

Je ne suis pas certain que les steps en moins soient là pour équilibré mais juste pour donné l'état à cet instant précis des unités.
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joma
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Re: GOSS: Lucky Forward

#64 Message non lu par joma »

WiFDaniel a écrit :Par exemple chaque fois que je lis, "sur le Front Est, il aurait suffit de mettre en oeuvre la défense mobile", je m'étonne que personne ne se demande dans quelle mesure les Russes s'y seraient adapté...
Suffit de voir les combats autour de Kiev en 43-44 pour avoir une idée.

Utilisation active des brigades AT et renforcement maximal (2 armée d'infanterie et une armée blindé) pour contrer les PzD.
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domi
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Re: GOSS: Lucky Forward

#65 Message non lu par domi »

joma a écrit :
WiFDaniel a écrit :C'est une remarque vraiment intéressante, car enlever 16 ou 20 steps aux unités est visiblement fait pour l'équilibre du jeu. Est-ce que les concepteurs s'en expliquent ?
Aucune de ses divisions n'a sont complément de matériels lourd. Avant MG la 9SS donne ce qui lui reste de char, canons etc. à la 10SS et même là c'est pas Byzance. Les KG de la 10SS impliqué dans MG étant formé souvent formé de personnel technique combattant à pied.

Je ne suis pas certain que les steps en moins soient là pour équilibré mais juste pour donné l'état à cet instant précis des unités.
+1,
le 2eme corps SS est en reconstruction, pas en réserve

par contre le parachutage en Allemagne est plus dangereux qu'en Hollande à mon avis,
dans ce dernier cas on parle de "libération"
alors qu'un parachutage en Allemagne on parle "d'agression en terrain hostile" et une réaction obligatoirement plus rapide
avec une population qui pourra mettre les battons dans les roues autant qu'elle pourra
pour des paras qui ne connaîtrons pas mieux le terrains qu'avec les cartes fournies

donc, je vois mal un parachutage en profondeur envisagé. une limitation des objectifs semble plus prudent.
et avec quel objectif ?
la traversée du Rhin, la traversée du Westwall
dans les deux cas la prise en tenaille des paras pour faciliter le franchissement de ces deux barrières ?
et pour quel axe de progression :
Kaiserslautern => Manheim,
autre ?

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Re: GOSS: Lucky Forward

#66 Message non lu par Micke »

domi a écrit : +1,
le 2eme corps SS est en reconstruction, pas en réserve

par contre le parachutage en Allemagne est plus dangereux qu'en Hollande à mon avis,
dans ce dernier cas on parle de "libération"
alors qu'un parachutage en Allemagne on parle "d'agression en terrain hostile" et une réaction obligatoirement plus rapide
avec une population qui pourra mettre les battons dans les roues autant qu'elle pourra
pour des paras qui ne connaîtrons pas mieux le terrains qu'avec les cartes fournies

donc, je vois mal un parachutage en profondeur envisagé. une limitation des objectifs semble plus prudent.
et avec quel objectif ?
la traversée du Rhin, la traversée du Westwall
dans les deux cas la prise en tenaille des paras pour faciliter le franchissement de ces deux barrières ?
et pour quel axe de progression :
Kaiserslautern => Manheim,
autre ?
Objectifs pour une opération aéroportée en Lorraine:

Une opération aéroportée ayant pour base de départ la Lorraine exclue de franchir le Rhin qui est trop éloigné. L’objectif de l’opération, et c’est ce que propose LF, est de s’emparer de villes dans la Sarre et de briser le West Wall. Après examen de la carte et des conditions de victoire on s’aperçoit que les choix qui s’offrent aux joueurs sont limités, à moins de créer une énorme surprise en attaquant dans un terrain impossible et en prenant de gros risques.
Rappelons que les options doivent être prises avant GD8.
A/ choix des moyens engagés : il faut exclure à mon avis l’emploi des Polonais et des Britanniques qui apportent plus de contraintes que d’avantages. (Pas d’utilisation à plus de 12 hexagones à l’est de la Moselle et conditions de victoire beaucoup trop élevées. Il faut prendre Kaiserlautern, ville la plus à l’est de la carte) De plus la capacité de transport aérien étant limitée il vaut mieux faire atterrir en une seule journée l’ensemble des 82eme et 101eme AB plutôt que de délayer la capacité de transport entre 3 divisions et une brigade.
B/ choix de la base de départ et du corps de soutien :
Retenir le XXeme corps avec Metz ou Pont à Mousson comme base logistique est impossible. Metz ne sera pas tombée à GD8 et devant Pont à Mousson l’élite de la 1ere armée allemande est concentrée.
Reste Nancy et le XIIeme corps. La route menant à Sarreguemines est un charodrome sans beaucoup d’obstacles. Inconvénient : plan trop évident et prévisible.
C/ choix des objectifs : se limiter à la prise de 2 villes dans la Sarre est un objectif limité mais réaliste.
D/ Choix des zones de parachutages : les zones à terrain clair sont impératives si on veut éviter une casse trop importante à l’atterrissage. Le parachutage des 2 divisions à l’est du West Wall ou l’une à l’ouest et l’autre à l’est pour prendre les fortifications en tenaille reste une question ouverte.

Refit des divisions allemandes motorisées :
Une division en refit reçoit 2 steps standards par jour d’infanterie et 1 step standard de chars sachant que le coût de remplacement d’un step d’infanterie motorisée coûte 2 fois plus cher et que le remplacement d’un step de chars Tigre coûte 3 steps. Au mieux le IIeme panzer SS pourra combattre à 30 ou 40 % de son potentiel et encore en prélevant des steps de remplacement sur l’allocation des unités en ligne.

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rems
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Re: GOSS: Lucky Forward

#67 Message non lu par rems »

Ce fil ayant piqué ma curiosité pour une campagne à laquelle je ne connaissais rien, j'ai essayé de me documenter un peu avec ce qui était le plus rapidement et le plus facilement accessible.

Après un peu de lecture, je suis finalement un peu étonné par certaines affirmations qui ont été faites ici, et je voudrais revenir dessus.
WiFDaniel a écrit :La question est d'estimer en quoi la capture des forts est nécessaire aux Américains. Historiquement, Patton s'est acharné dessus mais il semble clair qu'il pouvait tout aussi bien encercler la ville, en particulier en exploitant au-delà de Nancy.
pzmeyer a écrit :En effet Daniel, perso je n'ai jamais compris ni trouvé une explication convaincante sur cet acharnement de Patton sur les forteresses.
WiFDaniel a écrit :A mon avis, Patton n'est juste pas très doué. Il ne sait pas comment faire un trou dans une position ennemie. Il n'est bon que pour la poursuite, quand d'autres que lui ont créé la brèche.
WiFDaniel a écrit :Enfin, dans tous les cas, cet aspect n'est juste pas pris en compte par Patton et son équipe directe dans la décision d'attaquer les forts de Metz bille en tête...
Donc Patton "s'est acharné" sur "les" forts de Metz, les attaquant "bille en tête", alors qu'il pouvait par exemple encercler la ville en exploitant au-delà de Nancy. Il n'est "pas très doué".

Ce qui m'ennuie, c'est que cela ne semble pas vraiment correspondre à ce que j'ai cru comprendre de mes brèves et lacunaires lectures sur le sujet. (Je précise tout de suite que mes seules sources sont Lorraine 1944 et Metz 1944 de S. Zaloga chez Osprey, et The Lorraine Campaign de H. Cole, téléchargeable sur internet.)

Refaisons très brièvement la chronologie de la campagne.

Le 5 septembre 1944, ayant reçu de nouveau du ravitaillement, le 3ème armée américaine repart à l'offensive, avec comme premier objectif l'établissement de têtes de pont sur la Moselle. C'est initialement un échec, tant sur l'aile gauche de la 3ème armée avec le 20ème corps (Dornot le 8 septembre, qui doit être évacuée suite à des contre-attaques ennemies et des tirs d'artillerie en provenance des forts de la ceinture fortifiée de Metz, en particulier du fort Driant) que sur son aile droite avec le 12ème corps (Pont-à-Mousson le 5 septembre), même si une tête de pont, peu intéressante opérationnellement, est établie à Toul. Une tête de pont plus pérenne mais fragile sera quand même établie un peu plus tard par le 20ème corps à Arnaville.

Le 12 septembre, Patton et Hodges sont convoqués chez Bradley à Evreux, qui les avertit que la situation logistique se dégradant encore, il n'ont plus que peu de temps avant que leurs forces ne soient placées dans une posture défensive.

Apprenant cela, Patton décide de mettre le paquet sur le 12ème corps et Nancy (qui n'est pas fortifiée) plutôt que sur le 20ème corps qui fait face à une situation plus compliquée (la ligne fortifiée entre Metz et Thionville). En plus, bien lui en prend, car c'est justement sur le flanc sud de la 3ème armée que Hitler a prévu la contre-attaque de la 5ème armée Panzer : l'offensive des Américains dans ce secteur va considérablement gêner les intentions allemandes.

Le 12ème corps avait déjà réussi à établir une tête de pont au sud de Nancy le 11 septembre, une autre est établie le 13 septembre au nord, et Nancy encerclée et abandonnée tombe le 15 septembre. Le 12ème corps progresse vers l'est, avec sur son flanc droit le 15ème corps, très provisoirement rattaché à la 3ème armée.

C'est là que Hitler décide de lancer le 18 septembre une contre-offensive avec la 5ème armée Panzer (une des trois contre-offensives d'envergure menées en 1944 sur le front Ouest, avec celles de Mortain et des Ardennes). Des combats très durs ont lieu, notamment à Arracourt. La contre-offensive allemande se prolonge jusqu'au 29 septembre, mais elle est brisée par la 3ème armée et ne donne rien.

Pendant ce temps, le 22 septembre, Eisenhower ordonne un moratoire sur toutes les opérations offensives d'envergure. Seules des actions locales, de la taille du bataillon, peuvent être mises en oeuvre (bien que durant le mois d'octobre, des actions limitées mais impliquant plus d'un bataillon seront menées par la 3ème armée). Bradley en informe Patton le 23, et lui apprend également que la 7ème division blindée lui est retirée (elle part vers le nord) et que le 15ème corps va être rattaché à la 6ème armée. Patton n'a pas le choix, il doit se mettre sur la défensive.

Résumons cette première partie de la campagne (disons du 5 au 23 septembre) : avec une logistique dégradée et des conditions particulièrement pluvieuses et boueuses (moins apocalyptiques toutefois que ce qu'elle seront en novembre), Patton réussit à franchir un obstacle majeur (la Moselle) en choisissant l'endroit le plus faible (le secteur de Nancy), et à établir un logement très significatif sur la rive droite de la Moselle ; il parvient à défaire une contre-offensive majeure allemande, et là, il n'a pas le choix, il doit se placer en posture défensive. Sur cette période, sa performance paraît plutôt bonne, en tout cas pas mauvaise. On peut imaginer, n'y aurait-il pas eu cette contre-offensive sur son flanc sud puis cet ordre d'arrêt, qu'il aurait pu ensuite "encercler Metz en exploitant au-delà de Nancy". Vous noterez que pour l'instant, on n'a pas parlé d'attaque sur les forts de Metz...

Justement, nous arrivons à l'affaire du fort Driant. Le 20ème corps avait préparé des plans pour l'investissement de la place fortifiée de Metz (opération Thunderbolt) dont la première phase consistait notamment en un assaut sur le fort Driant. Suite au moratoire d'Eisenhower du 22 septembre, l'opération est annulée. Cependant, il en reste l'idée d'une opération d'ampleur limitée sur le fort Driant : l'idée est de se débarrasser d'un point d'appui allemand qui a causé de gros soucis à la tête de pont de Dornot, et de se mettre en bonne position pour l'assaut sur Metz quand les opérations d'envergure pourront reprendre. C'est justement le commandant du bataillon qui a été très sévèrement malmené à Dornot (près de 50 % de pertes) qui propose son bataillon pour monter à l'assaut du fort Driant, dans le but de remonter le moral de sa formation : les Américains pensent en effet que le fort n'est tenu que par "environ cent vieillards et adolescents". L'attaque est déclenchée le 27 septembre, mais la résistance se révèle plus importante que prévue, et les Américains n'insistent pas, se retirant avec des pertes légères (18 hommes).

Le 28 septembre a lieu une réunion entre Patton, le commandant du 20ème corps, et le commandant de la 5ème division d'infanterie, en charge du secteur du fort Driant. Je cite un passage de The Lorraine Campaign : "The army commander himself [Patton donc] did not press General Irwin [le commandant de la 5ème division] to continue the Driant operations, but instead instructed the 5th Division commander to take advantage of the forthcoming lull in the army's operations to rotate and rest his tired division. General Walker [le commandant du 20ème corps] was not so charitable. He sharply insisted that more aggressive personal leadership should have been shown by the regimental and battalion commanders responsible for the initial attack at Fort Driant." Patton ne semble pas vraiment moteur sur cette histoire.

Quoiqu'il en soit, il approuve le plan d'attaque le 29 septembre : c'est toujours une attaque menée par un seul bataillon (bien que sur l'ensemble de l'opération l'équivalent de deux bataillons seront impliqués), mais avec cette fois-ci un support beaucoup plus conséquent de l'artillerie, de l'aviation et du génie. L'assaut débute le 3 octobre. Je ne rentre pas dans les détails, mais il y eu des combats très durs, sans jamais que les Américains ne soient en position de l'emporter. Le 9 octobre a lieu une réunion entre les commandants opérationnels et le représentant de Patton : le responsable de l'assaut suggére que le fort Driant soit contourné et encerclé, mais cette suggestion est rejetée car cela nécessiterait l'engagement de quatre bataillons supplémentaires [voilà une précision intéressante par rapport à une discussion précédente]. Le représentant de Patton ordonne que l'attaque soit stoppée, et les dernières troupes américaines évacuent le fort Driant le 12 octobre. Et ce fut la SEULE attaque effectuée sur les forts de Metz au mois d'octobre.

Donc si on résume cette phase : il n'y eut qu'un seul fort attaqué, le fort Driant, et avec des moyens limités (au maximum l'équivalent de deux bataillons). Ce n'est pas Patton qui est spécialement à l'initiative de ce plan, et quand il constate au bout d'une semaine que les choses tournent mal, il fait arrêter les frais par l'intermédiaire de son représentant. Donc affirmer que Patton "s'est acharné" à attaquer "les" forts de Metz "bille en tête", bof...

Les offensives d'envergure ne reprennent que début novembre, après qu'Einsenhower ait donné son autorisation. L'opération Madison débute le 8 novembre dans le secteur du 12ème corps, et le 9 novembre dans le secteur du 20ème corps qui a pour mission de s'emparer de Metz. Comme indiqué précédemment, le temps est épouvantable, avec les pires crues et inondations depuis 35 ans, et un terrain extrêmement boueux. Dans le secteur du 20ème corps, la 5ème division d'infanterie progresse vers Metz depuis le sud, la 95ème division d'infanterie depuis l'ouest et le nord, pendant que la 90ème division d'infanterie effectue un large enveloppement par l'est. Seules les plus petites fortifications allemandes offrant peu de résistance sont attaquées (avec succès), les autres sont contournées. La ville de Metz, encerclée, est attaquée le 18 novembre, et toute résistance dans la ville proprement dite cesse le 22 novembre. Le dernier fort se rend le 13 décembre. A cette date, certains éléments de la 3ème armée ont déjà atteint la Sarre. Bien sûr, le déclenchement de l'offensive des Ardennes le 16 décembre obligea Patton à suspendre son offensive pour faire pivoter la 3ème armée vers le nord.

Donc en résumé : le 20ème corps met deux semaines à s'emparer de Metz dans des conditions climatiques dantesques (je vous recommande les photos dans The Lorraine Campaign), en n'attaquant pas "bille en tête", mais en investissant la ville par le nord, l'ouest et le sud, et en évitant soigneusement les principaux points fortifiés allemands. Franchement, la performance me parait tout à fait honorable, de même que plus globalement celle de Patton pendant cette première partie de la campagne (je n'ai pas encore trop regardé après, de la prise de Metz à l'offensive vers la Sarre).

Voilà en tout cas comment j'ai compris les choses.
Bon, j'ai le sentiment que certains sur ce forum ne vont pas être forcément d'accord avec cette analyse... :siffle: :brian: :mrgreen:

Rémi

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Re: GOSS: Lucky Forward

#68 Message non lu par WiFDaniel »

Merci pour le résumé, bien fait, et totalement biaisé par les sources que tu as lues. Oh, The Lorraine Campaign est plutôt un bon texte, et qu'ils le disent ou non beaucoup d'auteurs s'y réfèrent, parce qu'il explore systématiquement les archives américaines. Mais parmi les historiens officiels américains, Cole est celui qui s'intéresse essentiellement à l'échelle du bataillon et du régiment, en étant faible sur le commandement supérieur. (Je ne vous recommande pas son interminable et soporifique texte sur la batailles de Ardennes : environ 600 pages pour 30 jours de combat...).

Zaloga fait de la vulgarisation, de bon niveau. Toutefois, il ne faut pas s'attendre à quoi que ce soit de dérangeant quant on en vient à Patton.

Les autres textes que je recommande sur cette campagne peu connue sont:
- Gabel, The Lorraine campaign, an overview. Un court mémoire de 1985 qui n'était pas destiné à la publication et qui a plus de recul. Disponible ici.
- et surtout Rickard, Patton at Bay. The Lorraine campaign, 1944, publié en 2004 et qui déclasse tout ce qui précède.
- enfin, j'ai aussi fait toute une analyse de la campagne dans le livre que j'ai publié l'an dernier :siffle:

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Re: GOSS: Lucky Forward

#69 Message non lu par WiFDaniel »

Sur le fond, tu notes les principales étapes, mais je ne les comprends pas comme toi:

- Patton franchit bel et bien la Moselle du côté de Nancy à la mi-septembre. Puis, il s'arrête, et ne considère plus la moindre manoeuvre à partir de cette belle tête de pont. Il délaisse complètement l'opportunité. Pire, il s'interdit toute action coordonnée avec la 7ème armée de Patch : c'est comme s'il décidait, en octobre et novembre, de se boxer avec une main dans le dos.

- Tu notes la contre attaque allemande de septembre, mais tu pourrais aussi souligner que les Américains, s'ils arrivent fort bien à la contrer, ne l'ont absolument pas vue venir. De même, il y a totale sous-estimation de la garnison et de la puissance des forts de Metz. Moi, j'en conclus que Patton ne sait pas utiliser un atout pourtant essentiel des Alliés occidentaux, à savoir l'excellence de leur renseignement. (Bon, à ce jeu, Hodges à la 1ère US Army est tout aussi nul, mais ramener Patton au niveau de Hodges n'est pas un compliment).

- l'anecdote où c'est Walker (XXème corps) qui impose l'attaque de plus sur Fort Driant et où Patton est comme absent est une belle insulte au leadership de Patton. Alors comme ça, Patton se laisserait mener par ses subordonnées sans être capable d'imposer puis d'assumer les ordres ? Voilà qui rendrait notre général fort peu doué... La réalité est que Patton est excellent dans sa capacité à imposer sa volonté à ses sous-ordres, et que la présentation de Cole est une maladroite tentative de l'exonérer d'une déplorable décision

- en novembre, Patton finit par concevoir un encerclement de Metz, qui finit par marcher. Il aura bien perdu deux mois à vouloir prendre d'assaut les fortifications.

****

Plus fondamentalement, le problème de Patton à partir de fin septembre est comment percer une ligne solidement tenue par un ennemi averti. La surprise n'est plus possible, sinon sur la date d'attaque. Ce problème est une totale nouveauté pour Patton. Dans sa carrière jusqu'ici, il n'a jamais eu à assaillir et vaincre un ennemi décidé (et là, je te renvoie à mon livre ;) ).

La campagne de Lorraine montre la nette insuffisance de Patton face à un adversaire préparé. Son acharnement sur Metz en est le symptôme le plus évident. Mais on peut aussi noter qu'il alloue de façon presque totalement équilibrée ses soutiens en armes lourdes etc. à ses deux corps, sans créer une concentration sur l'un d'eux. Il essaie d'attaquer un peu partout en espérant que ça passe quelque part (il le dit d'ailleurs dans son journal) et ça ne passe nulle part. En fait, il est dans une logique de 'coups de mains'. Il s'enferme dans une bataille d'usure, avec des attaques par petits paquets qui ne mènent à rien. Il faut attendre mi novembre pour qu'il se décide à lancer une attaque préparée, à la Montgomery.

A cela s'ajoute une totale fascination pour Metz même. Cela dérive sans doute de son instruction du 5 septembre 1944, qui n'énonce qu'un seul prérequis au franchissement de la ligne Siegfried: la capture de Metz. Il a ensuite beaucoup de mal à se mettre dans un autre cadre de pensée, malgré les pertes qui s'accumulent et le front qui stagne.

La non-performance de Patton doit se comparer avec la percée de Patch à travers les Vosges jusqu'à Strasbourg. L'armée de Patch est encore plus défavorisée que celle de Patton en termes de ravitaillement, sans parler du soutien aérien riquiqui dont elle dispose. Cela évacue toutes les excuses quant au ravitaillement énoncées par les équipes puis par les admirateurs inconditionnels de Patton.

Au total, de mi-septembre à mi-décembre, l'armée de Patton arrive à peine à progresser de 60km, un résultat insignifiant, mais payé par 50 000 pertes.

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Re: GOSS: Lucky Forward

#70 Message non lu par rems »

WiFDaniel a écrit :Merci pour le résumé, bien fait, et totalement biaisé par les sources que tu as lues.
Pourquoi pas, mais vois-tu dans les faits rapportés (pas dans les opinions ou les jugements) des choses biaisées ?
WiFDaniel a écrit :- Gabel, The Lorraine campaign, an overview.
Merci, téléchargé. :good:
WiFDaniel a écrit :- et surtout Rickard, Patton at Bay. The Lorraine campaign, 1944, publié en 2004 et qui déclasse tout ce qui précède.
Je vais essayer de me le procurer, merci du conseil.
WiFDaniel a écrit :- enfin, j'ai aussi fait toute une analyse de la campagne dans le livre que j'ai publié l'an dernier :siffle:
Je l'ai lu, mais j'avoue que je ne me souviens plus dans les détails de ce que tu as écrit au sujet de la campagne de Lorraine... :confus:
Je relirai ça avec grand intérêt à mon retour de vacances.

Rémi

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