Delion (Lost Battles)

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Delion (Lost Battles)

#1 Message non lu par Pyrrhos »

Suite des CR utilisant le système "Lost Battles" de Philip Sabin. Après Marathon et Platées (http://www.strategikon.info/phpBB3/view ... f=29&t=506), voici Délion, un vrai choc hoplitique entre Grecs. Deux simulations ayant été jouées, je les posterai l'une après l'autre.
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Re: Delion (Lost Battles)

#2 Message non lu par Pyrrhos »

DELIUM

Introduction :

En 424, en pleine guerre du Péloponnèse, les armées d’Athènes et de Thèbes, cités à la rivalité ancienne, se font face à Delium (ou Délion) en Béotie. Les Athéniens ont en effet envahie la Béotie, alliée de Sparte. Les Thébains et leurs alliés de la Confédération béotienne font face à l’envahisseur.

Delium est la troisième bataille que Philip Sabin nous invite à étudier dans Lost Battles. C’est un choc hoplitique par excellence, bien que déséquilibré en faveur des Béotiens : meilleur général, meilleure position, supériorité en cavalerie et en troupes légères.

Les forces en présence :

Thébains :
  • • Pagondas est représenté comme un général de qualité moyenne (AL) attaché à une unité d’hoplites thébains
  • • Hoplites béotiens (Thébains et alliés) : 7 000 hommes représentés par 14 unités d’hoplites de qualité moyenne (AHO)
  • • Peltastes : 500 hommes représentés par une unité d’infanterie légère de qualité moyenne (ALI)
  • • Psiloi : 1 000 hommes représentés par une unité d’infanterie légère de qualité faible (LLI) (Thucydide évoque la présence de 10 000 fantassins légers béotiens, mais comme ils ne semblent pas avoir joué de rôle particulier dans la bataille, Sabin se contente de les représenter de façon symbolique par cette unique unité)
  • • Cavalerie béotienne : 1 000 cavaliers représentés par 4 unités de cavalerie lourde de qualité moyenne (AHC)
TOTAL : 9 500 hommes représentés par 20 unités pour une valeur de combat de 65.

Athéniens :
  • • Hippocratès est représenté comme un général peu inspiré (UL) attaché à une unité d’hoplites athéniens
  • • Hoplites athéniens : 7 000 hommes représentés par 14 unités d’hoplites de qualité moyenne (AHO)
  • • Cavalerie athénienne : 750 hommes représentés par 3 unités de cavalerie lourde de qualité moyenne (AHC)
TOTAL : 7 750 hommes représentés par 17 unités pour une valeur de combat de 54.

Le champ de bataille :

Les 20 zones représentent un rectangle de 1 500 mètres sur 1 200. Chaque zone représente donc un carré de 300 m de côté : c’est un espace assez étroit dans lequel seul l’équivalent de trois unités d’hoplites de qualité moyenne (1 500 combattants) peuvent combattre à la fois. A cette échelle, chaque tour de jeu représente à peu près 10 minutes de temps réel.
Le terrain favorise les Thébains : leur ligne d’infanterie peut s’avancer et appuyer son centre et son aile droite sur une colline. Deux cours d’eau gênent les mouvements sur les flancs.
Les Key Zone sont situés sur l’aile droite des deux armées, ce qui pousse chaque camp à donner la priorité à son aile droite, simulant la traditionnelle déviation des phalanges en faveur de cette aile.
Comme pour chaque bataille, Philip Sabin propose un déploiement historique censé avoir eu lieu lors du 1er tour de la partie (le joueur a toujours la possibilité de tester un déploiement inédit en jouant la bataille depuis son début, c’est-à-dire le 1er tour et l’arrivée des armées sur le champ de bataille). Les Béotiens ont une aile droite forte (7 unités contre 4 pour les Athéniens) avec une supériorité en cavalerie (2 unités contre 1). Les Athéniens ont un centre un peu plus fourni (5 unités contre 4) mais cet avantage est réduit par la présence de la colline. La meilleure chance des Athéniens réside en leur aile droite un peu plus fournie en hoplites (5 unités contre 4, bien que ces derniers soient accompagnés d’une unité d’infanterie légère) et couverte par une cavalerie équivalente à celle des Béotiens (2 unités contre 2).

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Re: Delion (Lost Battles)

#3 Message non lu par Pyrrhos »

Première simulation :

Le 1er tour est considéré comme déjà joué (déploiement historique).

Tour 2 : Les lignes avancent

Les deux armées s’ébranlent l’une vers l’autre. Les choix stratégiques apparaissent très vite.
La ligne béotienne occupe la grande colline centrale tandis que la cavalerie sur leur aile droite fonce à toute vitesse sur celle, numériquement très inférieure, des Athéniens : les Béotiens misent évidemment sur leur puissante aile droite pour remporter la décision.
La ligne athénienne fait également mouvement, mais leur aile gauche est refusée. Sans surprise, les Athéniens font le choix de retarder le choc à gauche pour se donner le temps de vaincre au centre et à droite.
La bataille commence mal pour les Béotiens : l’audace de leur cavalerie sur leur flanc droit est punie par des cavaliers athéniens qui compensent leur infériorité numérique par leur habileté. Les Béotiens sont fortement ébranlés par l’attaque ennemie (les deux unités AHC béotiennes sont retournées sur leur face affaiblie).

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Re: Delion (Lost Battles)

#4 Message non lu par Pyrrhos »

Tour 3 : Le grand choc

Les phalanges sont au contact, à l’exception du flanc refusé athénien. La mêlée est furieuse et les deux adversaires se rendent coup pour coup, avec un nombre équivalent d’unités affaiblies dans chaque camp. Les cavaliers béotiens du flanc droit, revenus de leur surprise, tentent de faire plier les Athéniens, bien que la présence du cours d’eau les empêche d’exploiter leur supériorité numérique.

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Re: Delion (Lost Battles)

#5 Message non lu par Pyrrhos »

Tour 4 : Les Athéniens prennent l’avantage

Un premier tournant se produit alors dans la bataille. La fougue athénienne semble près d’emporter la décision quand leurs attaques font craquer le centre béotien et mettent en déroute une partie des hoplites ennemis à droite ainsi qu’une partie des cavaliers sur le flanc gauche. Néanmoins, l’aile gauche des Béotiens tient toujours et surtout leur puissante aile droite est sur le point d’engager le combat avec l’aile gauche athénienne très inférieure.

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Le choc est rude pour l’aile gauche athénienne qui plie inexorablement. La situation est aggravée pour elle du fait de la déroute des courageux cavaliers, finalement vaincus par le nombre : les cavaliers ennemis arrivent alors sur le flanc de l’aile athénienne. D’autre part, l’aile gauche béotienne, bien que très affaiblie, contre-attaque et éprouve durement l’infanterie athénienne.

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La situation semble donc plutôt favorable aux Athéniens qui paraissent en mesure de vaincre à droite tout en retournant leur centre contre l’aile droite de l’ennemi. Cependant les Athéniens sont très éprouvés par le combat (la majorité de leurs unités sont sur leur face affaiblie) alors que la redoutable aile béotienne a conservé toute sa vigueur.
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Re: Delion (Lost Battles)

#6 Message non lu par Jess 59 »

:clapclap: C'est un chouette compte rendu de bataille qui se déguste avec plaisir.
Mais j'avoue avoir du mal avec le "déploiement historique" et le flanc refusé athénien. :gratte:

Je ne suis pas grand pâtissier mais il me semble que le "flan refusé à la grecque" est une spécialité qui voit le jour à la bataille de Leuctres en -371. Recette utilisé lors de l'occasion par les Thébains justement. ;) Avec Epaminondas comme chef cuisinier et le bataillon sacré pour faire la brigade. :D
Donc pas pendant la guerre du Péloponèse en -424.
Appuyons-nous sur les principes, ils finiront toujours par céder. Edouard Herriot

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Re: Delion (Lost Battles)

#7 Message non lu par Pyrrhos »

C'est vrai. Cela dit, trois choses.

Tout d'abord il n'est pas invraisemblable qu'un général grec du Vème siècle innove. Après tout, le placement des Athéniens à Marathon, célebrissime bataille, n'est pas "conforme": un centre aminci et des ailes renforcées. C'est presque une manoeuvre d'encerclement (et d'ailleurs il est possible que le centre perse fut pris en tenaille). Nous avons peu d'information sur les nombreuses batailles de cette période: pourquoi supposer une absence d'inventivité dans un domaine qui a toujours incroyablement stimulé les hommes (l'histoire de l'armement le prouve) ?

D'autre part, compte tenu de la fameuse déviation des phalanges vers la droite, le flanc refusé ne fait ici que reproduire ce phénomène, de façon plus claire: les deux armées tendent à "tourner", les deux ailes victorieuses pouvant être amenés à se livrer un second combat. "Lost Battles" est assez souple pour simuler tout cela. Le flanc gauche athénien en retrait peut aussi bien être considéré comme une vraie aile refusée que comme un effet propre à la guerre hoplitique, effet induit entre autre par le placement des Key Zone.

Dernière chose: le fait de laisser les Thébains occuper la zone avant gauche de leur camp est un risque pour les Athéniens: en cas de pertes d'une autre de ces zones, il y aura un grave malus au moral. C'est une façon de simuler l'effet psychologique qu'un "retard" d'une partie de la ligne de bataille peut avoir sur l'ensemble de l'armée. Le choix de laisser l'aile gauche grecque en arrière est une conséquence de la supériorité des forces thébaines qui lui est opposée: on peut donc aussi l'interpréter comme une réaction de "crainte" qui peut fragiliser l'armée.

On le voit, le système "Lost Battles", bien que très simple, est incroyablement riche en interprétation et ouvre à une vraie réflexion sur la guerre antique. Il est à noter d'ailleurs que son auteur, Philip Sabin, encourage justement à tenter des tactiques ou déploiements différents (il mentionne par exemple l'idée d'un flan perse refusé à Marathon) afin d'enrichir le plus possible le débat historique sur telle ou telle bataille.
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Jess 59
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Re: Delion (Lost Battles)

#8 Message non lu par Jess 59 »

Pyrrhos a écrit :C'est vrai. Cela dit, trois choses.

Tout d'abord il n'est pas invraisemblable qu'un général grec du Vème siècle innove. Après tout, le placement des Athéniens à Marathon, célebrissime bataille, n'est pas "conforme": un centre aminci et des ailes renforcées. C'est presque une manoeuvre d'encerclement (et d'ailleurs il est possible que le centre perse fut pris en tenaille). Nous avons peu d'information sur les nombreuses batailles de cette période: pourquoi supposer une absence d'inventivité dans un domaine qui a toujours incroyablement stimulé les hommes (l'histoire de l'armement le prouve) ?...
Certes, mais Marathon n'est pas une bataille hoplitique (choc de deux phalanges), mais la rencontre des hoplites athéniens (ceux qui avaient courru sur le sable comme le raillait Aristophane) contre les barbares perses (barbare au sens d'étranger, de non grec). A ce titre il s'agit d'une bataille singulière.

A Marathon, si les athéniens réduisent leur centre, c'est dans le but d'étendre la ligne et de faire face aux perses et d'éviter le débordement. Il s'agit simplement d'une adaptation au terrain en fonction de l'effectif disponible.

Partir d'une vision aérienne de la bataille hoplitique ( :) un trait d'humour pour l'auteur de Lost battle qui est aussi consultant historique pour documentaires sur les combats aériens) c'est se risquer d'oublier :

1. que le général dans une armée hoplitique est au coeur de la mélée, à la pointe des combats et n'influe guère sur la conduite des combats une fois le début du choc. Lui aussi est en armure avec casque bouclier et cnémides, lance et le reste de sa panoplie, assommé par la chaleur, le bruit parfois l'ivresse et le désir de survivre.
2. d'oublier que la disposition des troupes entre alliés procède du protocole/tradition plus que la stratégie. Les sources que ce soit Thucydide, Hérodote... sont là pour nous rappeler les querelles de préséances et de placements avant la bataille. A défaut voir V.D. Hanson sur le sujet.
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Re: Delion (Lost Battles)

#9 Message non lu par Pyrrhos »

Tout à fait. D'où les autres interprétations possibles, qui correspondent au système. Votre remarque plaide d'ailleurs en sa faveur, comparé à tous ces systèmes qui entraînent le joueur dans un micro-management totalement irréaliste. Lost Battles contraint d'en faire ni plus ni moins que le général antique.
Concernant Marathon, je rappellerais quand même que nous ne connaissons que très médiocrement les effectifs (bien que pour les Grecs, les sources semblent crédible) et surtout le terrain. D'une façon général, il est impossible d'adopter une vision trop rigide de la guerre ancienne, faute de sources suffisantes. D'où la nécessité du débat !
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Re: Delion (Lost Battles)

#10 Message non lu par Jess 59 »

Pyrrhos a écrit :...il est impossible d'adopter une vision trop rigide de la guerre ancienne, faute de sources suffisantes...
Je ne suis pas pour une vision rigide de la guerre antique loin de là, sinon je serai encore à croire aux invasions doriennes et à lire l'histoire romaine comme Th Mommsen :D

Je suis par contre pour une vision réaliste de la guerre antique qui replace les hommes dans leur contexte, leur milieu, leurs mentalités et les moyens de leur époque. Si, il ne fallait garder qu'une seule chose des écrits de l'historien du Modèle occidental de la guerre, c'est ce que je me proposerai de retenir afin d'éviter les ecueuils d'un jugement trop aérien. :)

Pour avoir fait en mon temps des scénarios pour un jeu de figs qui ne fait dans le micromanagement (DSC) je suggère de partir des effectifs maximum, pour Marathon donc les hoplites athéniens : l'ensemble du corps éligible des zeugites + "les valets d'armes" et pour les perses : l'ensemble de ce que pouvait contenir les navires.
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