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Message non luPublié: Dim 26 Nov 2017 12:13 
Grognard

Inscrit(e) le : Lun 24 Mars 2014 17:36
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Editeur de jeu (1) 13° stratège (1)
Amis lecteurs,

Avec une rentrée littéraire très axée sur les maux d'hier, Goncourt pour «L'ordre du jour», Renaudot pour «La disparition de Josef Mengele» et un autre pour «La nostalgie de l'honneur», nous voyons revenir le second conflit mondial sur le devant de la scène (avait-t-il vraiment disparu?).

Olivier Guez délivre un roman de filature au style dynamique, comme il se doit pour conserver l'attention du lecteur, et chronologique pour ne pas le perdre.
Tel un bon cuisinier du verbe, il truffe de fines anecdotes son récit, pour le plus grand plaisir des apprentis historiens à la découverte des compromissions des puissances d'Amérique Latine dans l'après-guerre, l'Argentine et le couple Peron en tête, et des destins hors normes d'anciens dignitaires nazis ou de militaires aux idées clairement exprimées dans la direction du bras levé horizontalement comme le chevalier du ciel (surnommé le «Concasseur de boîtes de conserves»): Rudel, l'homme aux cinq cents chars détruits à l'Est.

Si le sujet reste classique, à savoir comment une groupe de criminels de guerre tenta-t-il de sortir des griffes de la justice du tribunal de Nuremberg d'abord, de certains procureurs, notamment allemands, ensuite et enfin du poing vengeur du Mossad, il conserve sa fraîcheur dans l'approche singulière de l'écrivain centrée sur la névrose du pourchassé mettant tout en œuvre pour conserver sa liberté, au point de devenir l'esclave de sa propre phobie.
Il est surprenant de constater que Mengele, alias Gregor dans ses premières années de cavale, a crée de toute la force de son énergie la prison psychologique qu'il n'a pas voulu rejoindre physiquement. Et c'est bien cette prison qui le protègera de l'extérieur; il n'est jamais facile de trouver un reclus caché sur notre vaste planète, surtout lorsque celui-ci jouit d'appuis politiques locaux (y compris en RFA, d'amis dévoués et d'une famille en or, qui subvient à ses besoins (très importants en pots de vin) à distance. Avec un peu de chance et des relations internationales fluctuantes, le bougre put passer à travers les rais de la foudre divine pour mourir presque dans son lit à la fin des années 70 sur une plage du Brésil.

Cette foudre s'abattit sur Eichmann et sur quelques autres, mais le Mossad dut revoir ses objectifs prioritaires lorsque la menace arabe se précisa dans les années 60 et Mengele put souffler, les limiers de Ben Gourion avaient d'autres chats du désert à fouetter. Realpolitik des services secrets oblige…
Notons tout de même l'humour, presque britannique, de ces derniers qui baptisèrent l'enlèvement de l'artisan des camps d'extermination: opération Attila.

Mis à part quelques rares libertés prises avec notre langue dont l'Académie pourrait froncer le sourcil, «ambitionner» fait plus journaliste moyen que vainqueur d'un prix littéraire, le texte s'aborde avec une certaine gourmandise et une facilité de lecture qui nous pousse de l'avant. Les deux cents pages s'avalent en tout lieu sans effort.

Un regret notable, si Guez aborde en fin d'ouvrage lors d'une rencontre entre Mengele, alias Gerhard à ce moment, et son fils au Brésil quelques années avant sa mort les raisons des choix idéologiques de «L'ange de la mort», il nous laisse sur notre faim.
Nous faisons face à une créature vide d'humanité et totalement sous l'emprise de ses choix politiques. Aucun remord certes, mais surtout aucune explication de fond. Or il y a sans doute tellement de choses à dire sur les motivations occultes de l'Ordre Noir et les rouages de la machine monstrueuse qui fut mise en place. Dommage que l'auteur n'ait pas osé s'aventurer sur ce terrain, certes moins balisé que celui de ses recherches mais tellement plus ambitieux. N'a-t-il pas distillé plusieurs rêves du tortionnaire qui répondent en écho à cette demande répétitive: pourquoi? Pourquoi les camps? Pourquoi les Juifs et les autres?

Guez considère sans doute que le tour du sujet a été effectué et que les réponses sont dans le procès de Nuremberg et de celui de Eichmann à Jérusalem, ainsi que dans de nombreux ouvrages qu'il cite dans ses sources, mais j'en doute. Je lance une perche vers un ouvrage qui n'apparaît pas dans sa bibliographie: «Le matin des magiciens» de Pauwels et Bergier (qui survécut aux camps) dans une direction métaphysique inédite et stupéfiante.

Un prix 2017 de bonne stature qui n'atteint pas les sommets par facilité ou manque d'idées.

Tchuss

M.G.


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